R.Kipling

« AU TIGRE, AU TIGRE! »

« - Reviens-tu content, chasseur fier?

- Frère, à l’affût j’eus froid hier.

- C’est ton gibier que j’aperçois?

- Frère, il broute encore sous bois.

- Où donc ta force et ton orgueil?

- Frère, ils ont fui mon cœur en deuil.

- Si vite pourquoi donc courir?

- Frère, à mon trou je vais mourir.



- Quand Mowgli quitta la caverne du loup, après sa querelle avec le clan au Rocher du Conseil, il descendit aux terres cultivées où habitaient les villageois, mais il ne voulut pas s’y arrêter: la jungle était trop proche, et il savait qu’il s’était fait au moins un ennemi dangereux au Conseil. Il continua sa course par le chemin raboteux qui descendait la vallée; il le suivit au grand trot, d’une seule traite, environ vingt milles, et parvint à une contrée qu’il ne connaissait pas. La vallée s’ouvrait sur une grande plaine parsemée de rochers et coupée de ravins. A un bout se trouvait un petit village, et à l’autre l’épaisse jungle s’abaissait rapidement vers les pâturages et s’y arrêtait net, comme si on l’eût coupée d’un coup de bêche. Partout dans la plaine les bœufs et les buffles paissaient[…] »

« Ahae! mon coeur est lourd de tout ce qui m'échappe ! »



«La raison que les bêtes se donnent entre elles, c'est que, l'homme étant le plus faible et le plus désarmé des vivants, il est indigne d'un chasseur d'y toucher.»



«La Loi de la Jungle, qui n'ordonne rien sans raison, défend à toute bête de manger l'homme. La raison vraie en est que meurtre d'homme signifie, tôt ou tard, invasion d'hommes blancs armés de fusils et montés sur des éléphants, et d'hommes bruns, par centaines, munis de gongs, de fusées et de torches. Alors tout le monde souffre dans la jungle... La raison que les bêtes se donnent entre elles, c'est que, l'homme étant le plus faible et le plus désarmé des vivants, il est indigne d'un chasseur d'y toucher.»

Texte de Rudyard Kipling, traduit par Louis Fabulet et Robert d'Humières.